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Publié le jeudi 14 février 2008

Question à Mme Laanan, Ministre de la Culture et de l’Audiovisuel et à Catherine FONCK, Ministre de l’Enfance, de l’Aide à la jeunesse et de la Santé relative à la prévention du suicide.

Mesdames les Ministres,

Du 29 janvier au 31 janvier ont été organisées les 5èmes journées de la prévention du suicide en Communauté française.

Nous vous posons régulièrement des questions au sujet de cette problématique. Les constats restent les mêmes, les statistiques n’étant plus publiées par l’INS depuis 1997. Cela rend plus difficile l’appréhension de l’étendue de ce phénomène : on aurait 23 suicides par 100 000 habitants en Belgique, ce qui situe notre pays au-dessus de la moyenne mondiale estimée à 14.5 pour 100 000 habitants.

Cette année, lors des journées de la prévention du suicide, les spécialistes en santé publique ont mis en évidence la difficulté de mettre en place des politiques vu le morcellement des compétences entre les différents niveaux de pouvoir. Ceux-ci se renvoient souvent la balle dans ce dossier.

Madame la Ministre Fonck, vous soulignez d’ailleurs, en septembre 2007, en réponse à une question orale de Madame Willocq que prévenir le suicide ne pouvait se résumer à une action ponctuelle. Il est en effet nécessaire d’« agir sur une série de déterminants qui relèvent de nombreuses autres politiques que celle de la prévention ».

Le travail au sein de la Conférence interministérielle sur la Santé est donc capital car il permet de définir le champ d’action de chacun tout en assurant une certaine cohérence entre les mesures mises en place. En septembre dernier, vous nous annonciez que le sous-groupe de travail sur le suicide de cette Conférence interministérielle s’était réuni en février 2007. Une réflexion était notamment lancée d’une part, au niveau du projet canadien de formation des « sentinelles » et d’autre part, des recommandations contenues dans le rapport du Conseil supérieur d’hygiène « Dépression, dépressivité et suicide ».

En outre, j’aimerais m’attarder sur un aspect trop peu exploré de cette problématique : celui des pactes suicidaires, conclus, entre autres, sur Internet. L’actualité nous a rappelé très récemment l’ampleur de ce phénomène auprès des adolescents et des jeunes adultes. Si le lien entre le Web et le suicide est loin d’être évident, il semble que les communautés sur la toile soient autant de lieux opaques où se libèrent les consciences derrière l’anonymat que préserve un écran ou un clavier. Ce phénomène doit, me semble-t-il, être pris en considération sous deux aspects : celui, d’une part, de l’éducation aux médias et celui, d’autre part, de la prévention de l’apologie du suicide par les groupes de discussions sur le Net.

Mesdames les Ministres, mes questions sont donc les suivantes :
- Le groupe de travail « suicide » au sein de la Conférence interministérielle a-t-il déjà été réuni à l’initiative de la nouvelle Ministre fédérale de la Santé ? Où en est la réflexion au sein de ce groupe ?
- Ne convient-il pas d’aborder également la prévention sous l’angle des pactes suicidaires ?
- Existe-t-il, enfin, des démarches volontaristes d’éducation aux médias sur cette thématique en Communauté française ?

Je vous remercie. Damien Yzerbyt

Mme Catherine Fonck, ministre de l’Enfance, de l’Aide à la jeunesse et de la Santé.
- On estime aujourd’hui que les tentatives de suicide sont de dix à vingt fois plus nombreuses que les tentatives abouties. C’est très inquiétant quand on sait que le suicide tue sept personnes par jour en Belgique, plus de deux mille par an ! C’est la dixième cause de décès sur l’ensemble de la population belge. Par contre, c’est la première cause de décès dans certaines catégories d’âge et, plus particulièrement, chez les 20 à 39 ans. Une autre catégorie fragile est celle des personnes âgées, comme les chiffres l’attestent clairement.

Cette problématique est complexe. Notre pays compte un nombre particulièrement élevé de suicides. Pour améliorer la prévention, il convient de cerner au mieux les nombreux facteurs susceptibles de pousser des personnes de tout âge et de tout milieu à faire le choix d’en finir avec la vie.

Nous savons aujourd’hui que le suicide ne relève pas uniquement du domaine de la santé mentale, c’est aussi une question de société. Le social, l’économique, le culturel jouent un rôle essentiel.

Comment prévenir un suicide alors que l’explication ne peut venir qu’une fois l’irrémédiable accompli ? Dans ces conditions, il est difficile de déterminer la meilleure stratégie à adopter.

La Communauté française dispose de plusieurs outils en matière de prévention du suicide. En promotion de la santé, nous devons poursuivre et intensifier un travail global permettant aux parents, aux enfants et aux adolescents de tisser des liens suffisamment solides afin de ne pas tomber dans la désaffiliation, bien souvent le prélude à diverses assuétudes, aux dépressions, au suicide.

Il faut permettre aux plus fragiles de prendre du recul face à une société trop axée sur les valeurs économiques. Cet état de fait précipite dans la désespérance et le désenchantement la plupart de ceux qui n’ont pas accès aux biens de consommation. L’image parfois excessivement négative que leur renvoie notre société, avec des termes tels que « marginaux, inutiles, assistés, profiteurs », peut pousser certains au suicide. La perspective d’un avenir leur semble refusée, qu’il s’agisse d’emploi, de surendettement ou même de culpabilité à l’égard des enfants.

La Communauté française finance diverses initiatives. Dans le cadre de l’ONE et de la Petite enfance, elle multiplie les projets visant à renforcer les liens familiaux et les compétences parentales.

La cellule de prévention des maltraitances a lancé le programme « Yapaka ». Il y a aussi tout le travail réalisé par la promotion de la santé à l’école, via les équipes PSE/PMS, mais aussi des projets communautaires dans différentes régions défavorisées ou directement auprès de groupes plus vulnérables.

Pour l’identification des personnes à risque, il faut donner aux acteurs scolaires, aux médecins généralistes, aux professionnels de la santé au sens large l’opportunité de suivre des formations leur permettant de percevoir l’éventuelle détresse d’un adolescent ou d’un adulte, afin de lui proposer une écoute ou une orientation vers les services compétents. Les centres de santé mentale offre une aide pluridisciplinaire permettant d’envisager un traitement médicamenteux de type antidépresseur ainsi qu’un accompagnement psychothérapeutique. Il convient de rappeler l’importance de centres comme le Centre de prévention du suicide ou Téléaccueil pour répondre à la détresse de personnes qui songent au suicide. Dans de nombreuses situations, une personne déterminée à se suicider fera des récidives et ces centres peuvent travailler sur le risque de récidive. Dans d’autres cas cependant, il s’agit d’une impulsion passagère liée à un événement ponctuel. Dans de telles situations, les entretiens téléphoniques gratuits et anonymes offerts par des bénévoles formés se révèlent d’un grand secours pour aider ces personnes à envisager des alternatives à cette première impulsion guidée par le désespoir.

Il n’est pas facile d’appréhender les nouveaux comportements culturels que vous avez évoqués tous les deux, comme les suicides en cascade par l’intermédiaire de ce fameux site bien mal nommé « site de socialisation ». Il s’impose de réfléchir avec les adolescents au sens plus profond de ces actes. La grande question est de comprendre quel message nous adressent ces jeunes lorsqu’ils commettent ce type d’actes. De nombreux niveaux de pouvoir sont concernés et compétents. Il est vrai néanmoins que le sous-groupe « suicide » de la conférence interministérielle ne s’est plus réuni depuis février 2007. L’installation du gouvernement fédéral a réactivé les groupes de travail de la CIM et j’ai interpellé les responsables fédéraux de ce groupe de travail.

Il semble judicieux que la problématique de la prévention sous l’angle des pactes suicidaires soit intégrée aux réflexions de ce comité. En effet, bien que l’effet de groupe ait toujours existé chez les adolescents, il semble intensifié par l’effet des relations par Internet. J’ai également demandé à l’ASBL « Média animation » de me faire des recommandations pratiques. Cette association a pour but le développement d’une citoyenneté responsable face à une société de communication médiatisée.

Une série d’éléments concernent ma collègue Fadila Laanan. Je l’ai donc interrogée à ce sujet. Les ministres Arena et Laanan soumettront bientôt en seconde lecture au gouvernement un avant-projet de décret portant création du Conseil supérieur de l’éducation aux médias et assurant le développement d’initiatives et de moyens particuliers en la matière, en Communauté française. Les objectifs de ce texte sont multiples. Ils prennent en compte l’impact des sites Internet et des communautés virtuelles dont vous faites mention dans votre question. Dans un environnement où les médias sont devenus omniprésents et où ils conditionnent une part importante des représentations de tout un chacun, il appartient aux pouvoirs publics de prendre ses responsabilités. Nous devons tout mettre en oeuvre pour accompagner et soutenir quiconque dans ses confrontations quotidiennes, volontaires ou non, importantes ou anodines, directes ou indirectes avec les différents médias.

Cette éducation aux médias concerne tous les médias, imprimés, audiovisuels et électroniques, quels que soient leurs supports technologiques. Elle ne se limite à aucun genre médiatique et couvre tout l’éventail des communications publiques ou restreintes, informatives, persuasives, divertissantes, ludiques, conviviales, etc.

Le contexte médiatique actuel a en effet fait éclater les modes de consommation et d’appropriation dans une diversité de modèles inédits. Son évolution est marquée non par une intégration mais plutôt par une juxtaposition des différents médias dans l’environnement du citoyen. Loin de se substituer à la télévision ou au cinéma, Internet et les technologies portables sont venus s’enchevêtrer au coeur du paysage médiatique. Comme le souligne une communication récente de la Commission européenne, il importe de permettre à chacun de se sentir à l’aise face à tous les médias existants, depuis les journaux jusqu’aux communautés virtuelles.

Chaque citoyen doit pouvoir utiliser activement les médias et mieux exploiter le potentiel de ces derniers pour l’accès à la lecture, le dialogue interculturel, l’apprentissage et l’application de la vie quotidienne. Il reviendra donc au Conseil supérieur de l’éducation aux médias de formuler des avis sur les thématiques qui devront être abordées en priorité en Communauté française en faveur de l’éducation aux médias. Elles seront en tous cas traitées par des groupes de travail au sein du Conseil. Mme Laanan estime que la question que vous évoquez est préoccupante et mériterait d’être soumise au Conseil.

M. Damien Yzerbyt (cdH).

- Vous avez, madame la ministre, clairement identifié les trois axes de ma question. Vous avez cité l’effet de groupe engendré par Internet. Il conviendra de travailler sur le concept de la virtualité. Certains internautes considèrent en tous cas comme virtuel cet acte irrémédiable qu’est le suicide. Ils pensent qu’ils pourront à nouveau se connecter le lendemain matin pour recommencer ce qu’ils n’ont plus eu envie de continuer la veille, comme ils le font avec les mondes virtuels. Le suicide n’est pourtant pas virtuel ! Je vous remercie de m’avoir communiqué la réponse de Mme Laanan. J’en retiens que ce problème est pris en compte et que nous pourrons continuer à travailler sur cette question qui nous préoccupe fortement.

Damien Yzerbyt - Grand-Place, 1 - 7700 MOUSCRON | Secrétariat 056 86 05 13 - GSM 0475 22 80 16
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