M. Damien Yzerbyt : Je tiens tout d’abord à remercier le gouvernement pour la présentation qu’il nous a faite ce matin. Je suis ravi qu’une discussion donne à chacun l’occasion de s’exprimer sur ce plan d’action, car il s’agit d’un sujet ayant un impact majeur pour notre société.
Les chiffres sont très préoccupants. Mme la ministre-présidente les a cités et je me permets de les rappeler : 32 % de la population est en surpoids et plus d’un Belge sur dix est obèse. Il était donc important d’agir.
Nous assistons à une prise de conscience générale de la nécessité de promouvoir des attitudes alimentaires saines. En témoignent le plan qui vient de nous être présenté, mais aussi le plan national « Nutrition Santé » du gouvernement fédéral et le plan de santé à l’école annoncé récemment par le gouvernement flamand. De plus, je suis satisfait de voir que les différents gouvernements entendent mettre en place ces plans d’action de manière concertée.
Après l’exposé du gouvernement et la lecture du plan d’action, nous avons plusieurs motifs de satisfaction, car l’appel que le cdH avait lancé à l’occasion de l’examen du rapport sur l’obésité a été entendu. En effet, en avril dernier, mon collègue Marc Elsen s’interrogeait au nom du cdH sur les composantes d’une politique efficace de promotion de l’alimentation saine et de l’activité physique. Nous affirmions à l’époque, et nous en sommes encore plus que convaincus aujourd’hui, qu’une politique visant à accroître le bien-être de chacun doit être basée avant tout sur l’éducation et sur la sensibilisation. Il faut permettre aux enfants et aux jeunes de se fixer des repères et de devenir acteurs de leur choix. Nous ne voulons pas créer un monde aseptisé en interdisant les sucreries pour réduire les sollicitations ou les tentations. On peut manger de tout mais avec modération.
Aujourd’hui, après examen du plan d’action, nous sommes convaincus que le gouvernement désire aider les jeunes à trouver des repères.
Nous partageons la volonté du gouvernement de promouvoir une hygiène de vie saine qui accompagne le jeune partout où il se rend et tout au long de sa croissance. Ainsi, il est heureux de constater que de nombreuses actions concernent la promotion de l’alimentation saine dans les milieux d’accueil extrascolaires. En juillet dernier, l’annonce d’un plan « Alimentation saine pour les centres de vacances » m’a particulièrement réjoui car je suis convaincu que l’éducation des enfants à une hygiène de vie saine doit se poursuivre également pendant les vacances scolaires.
Comme nous l’avions souligné en avril, et le plan présenté aujourd’hui rejoint notre préoccupation, il est important d’accompagner l’enfant au cours de ses activités mais aussi de veiller à ce qu’il reçoive un message cohérent et clair tout au long de la journée, peu importe l’endroit où il se trouve ou la personne qui le prend en charge.
C’est pour cette raison qu’il faut multiplier la sensibilisation auprès de tous les acteurs en contact avec les enfants. Nous pouvons donc nous réjouir des nombreuses initiatives présentées dans le plan et visant à atteindre cet objectif : les parents, les accueillants de la petite enfance, le personnel extrascolaire ainsi que celui des cantines, seront informés des bienfaits d’une alimentation saine.
Le souci affiché d’encourager l’activité physique des jeunes rejoint également notre position. Promouvoir une hygiène de vie saine ne consiste pas uniquement à encourager les gens à adopter une alimentation saine. Il faut également favoriser une attitude active de l’enfant. Jouer dehors est plus judicieux que de passer l’après-midi devant un écran de télévision ou d’ordinateur. Il faut également promouvoir l’activité sportive encadrée par un club.
Ces actions doivent toucher tous les enfants, tout en s’adaptant aux particularités de chacun, et sans oublier les populations défavorisées. Nous savons qu’il est difficile pour certains parents d’offrir les conditions d’une hygiène de vie saine à leurs enfants. En ce sens, il faut certainement promouvoir l’initiative des chèques-sport, émise conjointement par le ministre des sports, M. Eerdekens, et le ministre fédéral M. Dupont. Se nourrir sainement coûte de plus en plus cher. La ministre-présidente a cité, pour ne reprendre qu’un exemple, la diminution de la consommation de fruits et de légumes.
Nous nous réjouissons que vous soyez revenue sur votre décision d’interdire les distributeurs dans les écoles pour lui préférer des mesures de sensibilisation.
S’il s’agissait de supprimer les distributeurs dans les écoles, aurions-nous ensuite interpellé le niveau fédéral pour qu’il agisse sur la présence, aux abords des écoles, de commerces proposant des frites ou des pizzas dès que retentit la sonnerie annonçant la fin des cours ? Cela, vous en conviendrez aisément, n’eut pas été judicieux.
Vous avez heureusement choisi de travailler sur la sensibilisation plutôt que sur l’interdiction. Nous pouvons toutefois regretter cette annonce hâtive émise en novembre 2004 ainsi que le flou qui a suivi ces déclarations. En juin, certaines écoles ne savaient toujours pas si elles allaient devoir enlever leurs distributeurs à la rentrée.
Nous sommes convaincus que nous ne pouvons nous satisfaire du statu quo actuel. Une réflexion sur les distributeurs d’en-cas s’impose pour régler la question du commerce de sucreries à l’école. Je suis persuadé qu’il ne faut pas retirer les distributeurs de boissons et d’en-cas des établissements scolaires, mais qu’il faut progressivement remplacer les sodas et les sucreries par des boissons et des en-cas plus sains comme du lait, des jus de fruit et des fruits. Ce changement progressif permettra d’instaurer de manière durable des réflexes sains.
Toutefois, certaines mesures proposées nous inquiètent quant à leur véritable effet ou quant à leurs conséquences. C’est notamment le cas de l’octroi du label « alimentation saine ». Nous ne sommes pas convaincus que cela produira l’amélioration attendue de la qualité des repas servis dans les cantines scolaires. Le but est louable mais ne risque-t-il pas d’exacerber la concurrence entre les établissements scolaires ? À ce jour, les écoles ne sont pas toutes égales devant l’alimentation ; toutes ne disposent pas d’une cantine scolaire.
La centralisation d’achats de produits frais et surgelés constitue une expérience originale, qui pourrait fonctionner dans certains cas, mais nous croyons qu’avant d’imposer cette initiative à toutes les écoles de la Communauté française, il convient de garder à l’esprit que certaines écoles peuvent parfois obtenir des contrats plus intéressants avec des fournisseurs situés à proximité de leur établissement grâce à l’instauration d’une relation de fidélité.
Une attention toute particulière est apportée dans le plan à la qualité des repas présentés dans les écoles. De nombreux enfants y prennent chaque jour un repas important, qui est pour certains leur seul repas de la journée. Aussi, nous ne pouvons qu’être d’accord avec les mesures structurelles annoncées par le gouvernement pour les restaurants scolaires, comme l’établissement d’un état des lieux du mode actuel de fonctionnement et de financement des cantines scolaires.
Pour réaliser cet état des lieux, vous dites qu’une circulaire sera adressée aux établissements scolaires. Ne craignez-vous pas que cela mène à un travail supplémentaire pour les directeurs d’école, déjà confrontés à une surcharge de paperasses administratives ?
En outre, nous nous interrogeons sur les moyens humains et financiers nécessaires à la réalisation de ces mesures. Vous proposez, par exemple, que l’accès à l’eau de distribution soit généralisé, ce qui est un objectif louable. Je crois que nous considérons tous que l’eau doit devenir la boisson de référence de tous les enfants. Néanmoins, cette mesure ne va-t-elle pas engendrer un coût supplémentaire pour les écoles ? Les frais de fonctionnement des bâtiments scolaires sont, en effet, importants.
Or, l’obligation de rendre l’eau accessible à tous les élèves augmentera sensiblement la facture d’eau et, surtout, les frais d’infrastructure et d’outillage nécessaire pour permettre l’accès à cette eau dans des conditions respectant les élémentaires règles d’hygiène.
Nous espérons dès lors que l’impact financier de cette mesure sera étudié et qu’une solution sera proposée aux établissements scolaires.
Par ailleurs, comme vous le mentionnez dans le plan d’action, les centres PMS et PSE, en tant que services universels de prévention, ont un grand rôle à jouer en matière de promotion d’une hygiène de vie saine. Nous craignons toutefois que les moyens humains actuels de ces centres ne leur permettent pas de mener de front leurs missions et le renforcement du suivi du bilan santé. Ces organismes sont sans cesse sollicités et, pas plus tard qu’hier, lors d’une interpellation en commission sur la vie sexuelle et affective des enfants, il a été plus d’une fois question du rôle prépondérant des centres PMS et PSE. Pourront-ils répondre à toutes ces demandes ?
Pour conclure cette intervention, je formulerai trois souhaits de mon groupe.
Premièrement, il faut que les actions proposées dans ce plan soient mises en place de manière globale et qu’elles ne résultent pas d’une juxtaposition de mesures individuelles. J’insiste sur le fait que la mise en place de ce plan doit se faire de manière concertée et cohérente.
Deuxièmement, comme notre groupe l’avait déjà formulé en avril, toutes les mesures contenues dans ce plan doivent être pérennisées. En effet, ce n’est pas en développant des actions ponctuelles que nous atteindrons le but d’éducation et de promotion d’une hygiène de vie saine.
Troisièmement, il est souhaitable que cette action soit évaluée et, si nécessaire, réorientée, tant pour rester efficace à long terme que pour être adaptée aux objectifs. Le groupe cdH se montrera très attentif à la mise en place de ces mesures et à leur évaluation.
Madame la ministre, nous soutenons ce plan et nous espérons que ce parlement sera tenu au courant de son état d’avancement.









