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Publié le mercredi 19 décembre 2007

Interpellation à M. Marcourt, Ministre de l’Économie, de l’Emploi, du Commerce extérieur et du Patrimoine, relative à l’évaluation du plan Jobtonic.

Monsieur le Président,

Monsieur le Ministre,

Chers Collègues,

Le 22 juin dernier, vous avez lancé officiellement une "Initiative locale pour l’insertion socioprofessionnelle des jeunes faiblement qualifiés" en collaboration avec les villes et les CPAS de Tournai et Mouscron. Il s’agissait, si je comprends bien d’une déclinaison spécifique à visée expérimentale du plan Jobtonic.

Après quelques mois de fonctionnement, les Jeunes CSC du Hainaut occidental ont fait une première évaluation du dispositif. Elle me paraît correspondre pour partie à la lecture qu’en fait, si je suis bien informé, la FGTB liégeoise.

Toujours est-il que les Jeunes CSC souhaiteraient du tonus en plus à Jobtonic !

Selon leurs estimations, près de la moitié des jeunes concernés ne se présentent pas aux rendez-vous que leur a fixé le FOREM en vue d’un entretien ou d’un accompagnement. Cela pour diverses raisons : ils ont repris des études, ils ont trouvé un emploi, ils sont malades ... mais la communication entre eux et le FOREM ne s’est pas établie sur un mode personnel mais plutôt administratif et ils n’ont pas éprouvé le besoin de faire connaître leur indisponibilité au FOREM.

Autre chiffre, tout aussi inquiétant : 10 % des jeunes contactés par le FOREM ne donnent pas signe de vie du tout ! Ils ne comprennent pas les lettres qui leur sont adressées, peut-être parce qu’elles ne sont pas assez à leur portée, parce qu’elles ont un style administratif qui leur reste hermétique. Ils ont des problèmes de mobilité.

De plus, il semble que les tables d’emploi organisées en Hainaut occidental ne disposent pas d’outils pédagogiques adaptés au public visé.

Les Jeunes CSC font diverses suggestions :
- que le remboursement des frais de déplacement des jeunes soit assuré : pendant leur stage d’attente, ils n’ont pas de revenu ...
- que les tables d’emploi soient décentralisées dans les diverses Maisons de l’Emploi, plus proches des jeunes
- que le contact FOREM-JEUNES soit fait à travers de nouveaux médias (WEB, SMS, ...) plutôt qu’à travers des documents administratifs.

Ils demandent surtout, comme je l’évoquais au début, du tonus en plus, c’est-à-dire, je suppose, un engagement plus grand du FOREM, une action encore plus volontariste et des communications compréhensibles de tous.

Enfin, ils mettent en lumière la situation de certains jeunes. En effet, un certain nombre d’entre eux ne perçoit pas clairement que, même s’ils ne reçoivent aucun revenu à charge de la collectivité, ils sont néanmoins soumis à des obligations s’ils veulent maintenir leurs droits à une allocation d’attente ou de chômage. Ainsi, ils ne sont pas conscients du fait que, s’ils ne répondent pas aux convocations du FOREM, ils risquent d’encourir des sanctions de l’ONEM au moment où ils devraient percevoir leur allocation d’attente. Et les Jeunes CSC de plaider, avec la FGTB, si je ne m’abuse, pour une prise en charge pédagogique, progressive qui n’aille pas tout de suite au signalement qui entraîne une sanction.

Ceci dit, je ne veux en rien remettre en question les mérites et l’intérêt majeur du Plan Jobtonic. Mais il faut qu’il puisse tenir ses promesses. La balle est dans le camp du FOREM, même si les jeunes doivent faire leur part.

Mon objectif en vous interpellant à partir d’une communication rapportée par la Première de la RTBF (Informations de 17 heures du 11 décembre) est de vous demander quel premier bilan les directions régionales de Tournai et de Mouscron du FOREM tirent pour leur part de l’opération.

Comptez-vous demander aussi une première évaluation de Jobtonic aux autres directions régionales du FOREM ?

Si vous en disposez, pouvez-vous nous en donner les lignes de forces et surtout les conclusions pratiques qui en ont été tirées pour l’amélioration du dispositif ?

Vous-même, quelles résolutions vous suggèrent ces analyses ?

Je vous remercie par avance de votre réponse.

Damien YZERBYT

Réponse de M. le Ministre Jean-Claude Marcourt :

Avant de vous faire part de mon analyse, rappelons que ce qui a été demandé au Forem dans le cadre de Jobtonic, c’est de modifier le processus de prise en charge des jeunes demandeurs d’emploi, notamment en renversant la pratique habituelle du "parcours d’insertion", c’est-à-dire en aidant le jeune à se confronter directement avec l’emploi. Pour ce faire, via un accompagnement adapté dès la première inscription du Demandeur d’emploi, l’idée centrale est que l’on mette à profit le mal-nommé « stage d’attente » pour agir.

Dans ce cadre en effet, une expérience pilote a été lancée à Tournai et à Mouscron sous le nom de "Jobtonic ville ". Là, le Forem a développé des stratégies locales en accroissant les partenariats (locaux) en matière d’insertion via l’implication des deux villes citées, de leurs CPAS, mais aussi d’autres acteurs locaux susceptibles d’apporter une contribution à l’insertion des jeunes : partenaires sociaux (dont FEDERGON), MIRE, TRACE !, etc.

Cependant, à l’heure où les acteurs se rencontrent pour définir des stratégies et où les premières actions se mettent en place, il me paraît un peu tôt pour tirer un premier bilan concernant ce montage spécifique.

Par contre, concernant la déclinaison de Jobtonic sur l’ensemble du territoire, je peux vous dire qu’entre le 1er juillet et le 30 novembre 2007, 24.845 jeunes ont été pris en charge, sous différentes formes, par le Forem. Ainsi, les jeunes ayant le CESS, ont, au minimum, reçu un appel du call center du Forem leur rappelant leurs obligations et les informant des outils mis à leur disposition par l’Office et ses partenaires. Ensuite, pour ceux qui sont toujours en recherche d’emploi 3 mois plus tard, ils ont été progressivement rappelés pour un entretien de bilan et de prise en charge individualisée, s’il échet.

Cependant, à ma demande, le Forem a mis l’accent, dans un premier temps, sur les jeunes ne disposant pas de ce diplôme, soit 6.447 personnes qui se sont inscrites durant la période considérée. Ce sont donc essentiellement d’eux que je vais vous entretenir à présent

En termes de convocation : près de 6.000 personnes ont été conviées à l’entretien de bilan et près de 2.000 au module d’initiation à la recherche d’emploi. Un bon millier a été convoqué aux tables de suivi et plus de 3.500 à l’entretien de suivi qui sera organisé à l’issue de l’ensemble des autres actions, soit environ 6 mois après le 1er contact avec le Forem.

En termes de consommation : 3.542 D.E. ont participé à l’entretien de bilan, 1.210 à l’initiation à la recherche d’emploi, 809 aux tables, 2.113 à l’entretien de suivi (qui se déroule à l’issue des autres actions). En outre, près de 2.000 personnes ont participé à d’autres actions d’accompagnement, d’orientation ou de recherche d’emploi organisées par le Forem en dehors du dispositif Jobtonic proprement dit.

Relevons encore que 1.668 Contrats Crédit Insertion (DIISP) ont été signés par les D.E. concernés par Jobtonic durant cette période. Enfin, outre les offres consultées dans les CEFO, sur internet, etc., (53.620 offres ont été diffusées par le Forem durant la période concernée), 2.670 offres d’emploi ont été traitées et remises à ces jeunes individuellement.

Toutefois, il me revient qu’à côté de ces résultats détaillés, le dispositif connaît aussi certaines difficultés que la pratique fait émerger. Ainsi, il faut notamment relever un important absentéisme et, en particulier, une déperdition progressive au fur et à mesure des tables ; la passivité de certains D.E.. Pour certains en effet, malgré l’information donnée en ce sens, il ne semble pas véritablement y avoir de prise de conscience quant à une possible sanction par I’ONEM ; en particulier pour les moins qualifiés, l’approche mise en oeuvre (mise en relation directe avec l’emploi) semble mal adaptée et insuffisante pour les « relancer » après parfois des années d’un parcours scolaire difficile ; a contrario, il apparaît que parmi les plus qualifiés, certains s’avèrent incapables de se débrouiller seuls ; le Contrat Crédit Insertion, dont la durée peut aller jusqu’à 2 ans et dont la signature est systématiquement proposée aux peu qualifiés, semble peu adapté à ceux qui s’engagent dans une recherche rapide d’emploi ; les stages semblent difficiles à promouvoir et rencontrent peu d’échos du côté des entreprises.

Pour conclure, je tiens tout d’abord à souligner le travail réalisé par le Forem dans ce cadre. A mon sens en effet, il a parfaitement répondu à la mission que lui a confiée le Gouvernement le 26 avril dernier.

Quant au dispositif Jobtonic, je suis plus que jamais convaincu de son efficacité en ce qu’il permet, par l’intensité et le pragmatisme de son approche, de faire entrer les jeunes dans une logique de confrontation rapide et directe avec le marché du travail. J’insiste donc pour que l’on maintienne le cap.

Toutefois, sur base des 5 premiers mois d’activité, il apparaît que des réaménagements sont nécessaires. J’ai donc demandé au Forem de me faire rapidement des propositions en ce sens, notamment en vue de résoudre les prôblèmes évoqués il y a un instant. Dans le même sens, il me paraît utile que l’analyse syndicale que vous citez soit également prise en compte par l’Office, un certain nombre d’éléments relevés sont en effet dignes d’intérêt. Un bémol toutefois quant à une prise en charge pédagogique trop progressive ! Il faut en effet insister sur le fait que le Forem s’adresse à des adultes - certes jeunes - et doit dès lors avoir un discours adapté et différencié par rapport à l’école. Dès lors les informations sur les « droits et devoirs » se doit d’être claires et précis mais non lénifiantes.

Damien Yzerbyt - Grand-Place, 1 - 7700 MOUSCRON | Secrétariat 056 86 05 13 - GSM 0475 22 80 16
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